Sur Bondy blog : L’« identité nationale », ça se joue aussi à Verdun
Lundi 2 novembre 2009, par
Ci- dessous l’article paru sur Bondy Blog concernant la sortie à Verdun organisée le 31/10/2009 :
Une délégation d’Epinay-sur-Seine, comprenant des enfants, s’est rendue samedi sur l’un des grands lieux commémoratifs de la guerre de 14-18. Reportage.
En ce samedi 31 octobre 2009, veille de la « fête des morts », c’est une visite un peu particulière qu’entreprend un groupe d’Epinay-sur-Seine (93). Direction Verdun, dans la Meuse. Au programme : visite du mémorial de Verdun, de la nécropole de Douaumont de 14-18 et dépôt d’une gerbe en hommage aux soldats musulmans. Dans ce groupe figurent des élus de la ville de Seine-Saint-Denis, des enfants et des membres de l’association Intégration musulmane spinassienne (IMS), qui travaille avec la mairie d’Epinay depuis de longues années. La délégation comprend aussi le capitaine Nourouddine Abdoulhoussen, très impliqué dans la réinsertion sociale, via l’armée, des personnes en difficulté ou délinquantes.
La visite met l’accent sur le rôle des soldats venus des colonies (tirailleurs marocains, algériens, tunisiens, sénégalais). Certains des enfants présents semblent étonnés de ce fait historique, notamment lorsqu’ils arrivent devant le mannequin représentant un soldat colonial habillé « comme au bled ». Au-delà de l’apport des anciennes colonies, les adultes du groupe rendent sensibles les enfants à l’importance de la paix. Après tout, la bataille de Verdun, c’est loin, surtout quand on ne l’a pas encore abordé dans les manuels scolaires. Les conditions de vie sur le front ainsi que les photos macabres ne les laissent pas indifférents.
La guide détaille le rôle des soldats coloniaux lors des batailles, souvent appelés en renfort car très efficaces au front, et précise leurs particularités au sein du corps militaire français. Certaines de ces particularités sont encore d’actualité au sein de l’armée française : « L’ancre qui est arborée sur de nombreux uniformes de l’armée est un vestige de l’apport des troupes coloniales, c’était le symbole qu’ils arboraient sur leur casque », explique le capitaine Abdoulhoussen Nourouddine.
« Il y a aussi des traditions qui perdurent dans certains régiments, poursuit-il. Par exemple le Régiment de marche de spahis marocains, comme on l’appelait en 1914, et qui aujourd’hui est devenu le 1er Régiment de spahis (qui est intervenu en Côte d’ivoire et au Kosovo, ndlr), a gardé de nombreuses pratiques propres aux populations du Maghreb comme son uniforme traditionnel (calot rouge, gandoura, saroual et burnous). Sur certains uniformes, on retrouve même un croissant, symbole de l’islam. L’armée n’a aucun complexe avec son passée colonial ! »
« Ces enfants sont musulmans, leurs ancêtres ont donné leur vie pour ce drapeau et il faut qu’ils le sachent. Pour ne plus avoir de Marseillaise sifflée et qu’enfin on avance dans ce pays », se prend d’espoir Norbert Lison, conseiller municipal d’Epinay-sur-Seine aux Anciens combattants, à l’initiative de cette journée.
Nous posant à un autre membre du groupe la question sur l’impact qu’aura cette journée sur les enfants, très jeunes pour certains. Il répond : « Il faudra bien sûr un peu de temps pour qu’ils assimilent tout ça. Mais au moins, dans quelques années, ils pourront se dire "Ok, j’ai vu et je sais maintenant que nos ancêtres ont joué un rôle important dans ce pays". » Comment, dès lors, appréhender le débat sur l’identité nationale, voulu par le ministre Eric Besson ? « Franchement, affirme la même personne, ça ne sert à rien de faire un débat de cette manière. Ce n’est pas en disant aux gens de chanter la Marseillaise une fois par an que les choses vont changer. »
Hamdi Bouchakhi, l’un des responsables de l’IMS, pense, lui, que l’islam et la République vont dans le même chemin : « Liberté, égalité, fraternité. Ces trois concepts sont fortement ancrés dans l’islam. La Liberté : tous les individus sont libres de croire ou non à Dieu. L’égalité : l’Arabe et le non Arabe sont égaux, seuls leurs œuvres les différencient. La fraternité : c’est un des éléments qui revient le plus souvent, notamment lorsque dans le Coran est dit "Ô hommes ! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez". Nous allons dans le même sens ! »
A la fin de la visite, une gerbe a été déposée par le capitaine Nourouddine et les élus de la ville d’Epinay au pied du monument dédié à la mémoire des combattants musulmans. « Il faudra répéter ce genre de journée », propose Abir Ben Cheikh, l’élue à la jeunesse.
Aladine Zaiane (Verdun-Bondy)